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12 October 2017

Concentration de la formation au niveau régional : fausse bonne idée?

Le 28 septembre dernier, les Régions ont fait leur rentrée officielle avec la volonté affirmée de prendre la main sur l'ensemble de la chaîne de formation professionnelle. Leur objectif : instaurer une cohérence globale afin de répondre plus efficacement aux besoins des demandeurs d'emploi. Par quoi cela passe-t-il ? Par la simplification des dispositifs, notamment en arrêtant la concurrence des commandes de formations entre les Régions et Pôle emploi. Une bien belle initiative, mais dans les faits, impliquer la Région dans les décisions portant sur la formation professionnelle est-elle une bonne idée ?  
 
Oui, la décentralisation est essentielle à tous les niveaux et en particulier au niveau économique. Ce n’est effectivement pas à Paris ou à Bruxelles que l’on peut décider de l’accompagnement nécessaire aux entreprises locales. Mais la question sous-jacente est avant tout de savoir si les régions sont réellement compétentes pour se faire. Ne sont-elles pas trop éloignées des réalités du terrain, soit par méconnaissance des particularités des secteurs d’activités, soit par dogmatisme politique ? Dans la mesure où les Régions ont d’ores et déjà la responsabilité des lycées et de l’apprentissage, elles ont bien sûr développé un certain savoir-faire en termes d’infrastructures et de financement. Elles dressent déjà des schémas directeurs des politiques économiques, d’innovation et d’internationalisation sur leurs territoires, y intégrer la formation permettrait d’appuyer ces politiques et le repositionnement de bassins d’emplois en difficulté. Par ailleurs, la Région joue déjà le rôle concentrateur d’aides financières de l’Europe et de l’Etat, finance également des acteurs proches du terrain tels que les « cluster » d’entreprises. Somme toute, ses compétences en termes de gestion administrative et financière ne sont plus à démontrer.
 
Ce qui interroge davantage, c’est la proximité de ces dernières avec les GRETA -Formation professionnelle de l’Education Nationale- et l’AFPA -Formation continue sous perfusion de l’Etat-, qui limite, dans leurs appels d’offres, le recours à des acteurs privés, plus petits, mais plus spécialisés par métiers. Dans ce contexte et compte tenu des pressions statistiques gouvernementales, comment ne pas se questionner sur l’utilisation des fonds publics destinés à la formation ? Que penser également de ce millefeuille administratif que viendra alourdir cette nouvelle prérogative ? OPCA, FPSPP, Pôle Emploi, et maintenant les Régions ?       
 
Alors s’il reste important que les Régions orientent leurs schémas directeurs économiques en relation avec les organismes collecteurs et Pôle Emploi, il est indispensable que la répartition des rôles soit équitable. Les organismes collecteurs, en relation avec les branches et les acteurs de terrains -clusters notamment- pourraient faire remonter les besoins des acteurs locaux privés et publics et ainsi alimenter l’action de la Région dans son schéma directeur économique. La Région, elle, collecterait et financerait les besoins en infrastructure et en moyens de son territoire, en s’appuyant sur les fonds de l’Europe et de l’Etat. La stratégie et les plans d’actions seraient validés par COPAREF* et CREFOP**, afin de s’assurer de la pertinence avec des objectifs quantifiés à 18 mois ou 36 mois , selon les projets. Le financement de la formation pourrait être mobilisé par les organismes collecteurs et reversé sous forme d’enveloppe budgétaire à l’apprentissage, à la professionnalisation et à la formation continue.  Le tout suivi grâce à des points positionnés tous les 18 mois, au cours desquels les branches et la Région au sein du CREFOP valideraient l’atteinte des objectifs et la réaffectation de certains budgets en fonction de l’évolution des technologies, de la conjoncture et des enjeux de chaque secteur.
 
Oui, la mutualisation des compétences possible. Toujours faut-il la mettre en place en bonne intelligence. Ce débat est à intégrer d’urgence dans la réforme attendue.
 
 
*COPAREF : Comité Paritaire Interprofessionnel Régional pour l'Emploi et la Formation Professionnelle.
 
** CREFOP : Comité régional de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelles.
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